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Les intellectuels en Afrique orientale et centrale

Le Centre de Recherche et d’Études sur les Pays d’Afrique Orientale (CREPAO) rattaché à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA), en partenariat avec l’IFRA et l’Inter-university Council of East Africa, souhaitent organiser à Kampala en juin 2007 un séminaire sur les « Universités et universitaires dans les pays d’Afrique orientale et centrale ».

Ce séminaire s’inscrit dans le prolongement d’un programme d’échanges universitaires et de solidarité Nord-Sud, qui réunit l’équipe paloise et des universitaires africains formés à l’Université des Pays de Pau et de l’Adour. Ce programme a donné lieu, en septembre 2006, à un séminaire portant sur les « Fonctions classiques, places et attributions nouvelles des universitaires ; approches comparées des expériences et stratégies individuelles ».


Thématique et nature de l’opération

Les intellectuels, entendus comme des personnes dont la profession comporte essentiellement une activité de l’esprit, pensent, mettent en doute puis en mots les sociétés passées, présentes et futures auxquels ils appartiennent. Le développement des nouvelles technologies de la communication et le phénomène de la mondialisation, en facilitant la mobilité et l’échange, semblent avoir permis l’essor, dans chaque pays du monde, d’une intelligentsia constituée d’individus se répondant les uns aux autres à propos des bouleversements géopolitiques et sociaux dont ils témoignent à travers leurs œuvres. Parmi les différents membres de cette intelligentsia, les universitaires bénéficient d’une relative reconnaissance institutionnelle, synonyme également d’un certain nombre de contraintes. En cela ils se trouvent souvent au centre de dynamiques étroitement liées aux changements politiques et sociaux de leur pays. Les universitaires africains sont à ce titre souvent sollicités afin de légitimer un discours dominant ou d’intervenir en tant que relais experts, par exemple au nom du référentiel de la « bonne gouvernance ».

La place et le rôle des intellectuels en France sont devenus peu à peu des objets de recherche à part entière dans le domaine des sciences sociales. Qu’en est-il pour les universitaires africains, dans un contexte de réorganisation des institutions d’enseignement supérieur et d’évolutions socio-politiques importantes ?

L’intérêt d’un tel questionnement concernant les intellectuels des pays d’Afrique centrale et orientale est multiple, si l’on regarde l’actualité des sociétés concernées et ce qu’elle implique dans la définition du rôle social des universitaires africains. Dans les pays d’Afrique de l’Est, habituellement présentés sous l’angle de la transition démocratique, le thème de la réforme constitutionnelle est devenu un référent essentiel du débat entre différents représentants de la société civile et le gouvernement. En ce qui concerne les pays des Grands Lacs, le travail des intellectuels paraît étroitement lié aux nécessaires processus de reconstruction mémorielle, morale et culturelle de sociétés traumatisées par les génocides. Nombre d’entre eux sont sommés de penser les nationalismes (ethniques et pluri-ethniques), d’énoncer des conditions de la citoyenneté, de réfléchir sur les ressorts culturels, sur les pesanteurs du passé et les conflits de mémoires.

Une analyse des discours, des postures théoriques, sociales, culturelles ainsi que des formes d'engagement ou de « neutralité » des universitaires africains permettrait de jeter un regard nouveau sur la notion et le rôle des intellectuels, sur leurs modes d’action et de coopération dans différents champs d’intervention dont celui de la construction démocratique, afin de mettre en relief la pluralité des expériences et des formes d'invention démocratique.

Chaque pays d’Afrique orientale et centrale emprunte dans ce domaine des voies différentes qui interrogent tout un chacun. A l’évidence, le renouveau des universités participe de la revitalisation des débats dans les espaces publics de la région. D’où l’intérêt d’une approche comparatiste à la fois critique et réflexive, regroupant, aux côtés de chercheurs français et plus largement occidentaux, des universitaires des pays d’Afrique mentionnés plus haut.

La question du rôle des intellectuels suscite en effet un questionnement interdisciplinaire, et engage des chercheurs de différents horizons nationaux et culturels. Le regain d’intérêt pour les intellectuels est-africains provient des historiens qui incitent les sociologues à repenser la notion d’« intellectuel » et à renouveler considérablement les méthodes d’analyse sur les élites, les intellectuels intermédiaires, la société civile ou les élites techniques. Plus récemment, des anthropologues ont analysé les mutations récentes du discours identitaire. En France, l’historiographie et les débats concernant la sociologie de Pierre Bourdieu notamment, ont enrichi la réflexion sur le rôle social de l’intellectuel. Peu de travaux ont été menés sur cette question au sujet des universitaires africains. Il s’agit d’approfondir cette perspective de recherche à partir d’une analyse comparatiste, combinant différents courants disciplinaires.

Déroulement de l’opération

Le séminaire se tiendra dans la prestigieuse Université de Makerere en Ouganda, reconnue internationalement pour son rôle majeur en Afrique orientale, rôle qui connaît aujourd’hui un renouvellement important.

. Envisager la tenue d’une conférence à Kampala, où siège l’Inter-University Council – organisation regroupant la plupart des Universités d’Afrique centrale et orientale, chargée de mettre en œuvre des programmes de coopération – illustre en outre la nécessité de consolider ce réseau d’échange et de recherche sur le rôle des universitaires, en particulier dans les pays traversant une « sortie de crise » ou avançant dans un processus de transition démocratique.

Lors du séminaire les débats porteront sur les « Fonctions classiques, places et attributions nouvelles des institutions universitaires, approches comparées des expériences et stratégies collectives et institutionnelles ». La coopération inter-universitaire, les réformes, les orientations expérimentées et les politiques publiques en cours ou projetées seront analysées. La démarche scientifique se veut critique, voire introspective, souhaitant partir de situations vécues ponctuelles, individuelles ou sectorielles pour mieux appréhender la situation générale, les situations nationales, afin d’établir autant une rétrospective immédiate qu’une prospective. Les conclusions du séminaire de Pau de septembre 2006 ont permis de formuler un certain nombre d’objectifs pour celui de Kampala. Ils s’ordonnent autour de quatre thèmes de réflexion :

Une réflexion disciplinaire sur la contribution des Sciences Humaines et Sociales à l’analyse des problèmes qu’affrontent les sociétés des Grands Lacs ; c'est-à-dire autant une réflexion épistémologique sur la place, le rôle, les fonctions des disciplines des sciences humaines et sociales (dont le droit, les sciences politiques, la géographie, l’histoire, l’anthropologie, la sociologie…) qu’un regard critique porté sur les travaux réalisés ou en cours.

Une réflexion méthodologique : les sources des sciences humaines et sociales, le problème des sources et de leurs croisements, de leur accès constitue la base de toute analyse investigatrice et/ou prospective.

Une réflexion sur le rôle des Universitaires : « les dynamiques du possible ». L’étude de leur rôle dans la Crise et en sortie de Crise, dans la société civile et la vie politique reste à poursuivre, en échappant à une vision critique exclusive de leur instrumentalisation ou aliénation du type « procès des intellectuels».

Une réflexion sur la contribution des Universitaires dans l’expertise, en distinguant écriture de l’expertise et écriture de la recherche. Il s’agira également de mesurer les distanciations et proximités entre donneurs d’ordre, autres types d’experts et universitaires.

Les séminaires de Pau et de Kampala se prolongeront d’un colloque de restitution finale à Bujumbura, Burundi, en 2008. Les travaux du premier et second séminiare feront l’objet d’une publication papier (éditions Karthala), et d’une diffusion sur les sites du CREPAO et de l’IFRA.
Pour plus d’informations, voir sur le site du CREPAO :
http://www.univ-pau.fr/RECHERCHE/CREPAO/pdf/kampala_2007.pdf

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