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Le British
Institute in Eastern Africa (BIEA) et l’Institut français
de recherche en Afrique (IFRA), en collaboration avec les SCAC de
Nairobi et de Kampala ont organisé un colloque international
sur les jeunes et la jeunesse en Afrique de l’Est qui a eu
lieu à Nyeri (Kenya) du 28 au 30 juin 2006. Un forum sur
la jeunesse a été organisé dans la continuité
de cet évènement scientifique, les 30 juin et 1er
juillet 2006 grâce au soutien financier du Ministère
des Affaires étrangères français à travers
la mobilisation du Fonds d’Alembert.
L’objectif de cette manifestation était de dresser
le bilan des travaux menés sur ce thème à l’échelle
de l’Afrique de l’Est et de partager cette réflexion
scientifique avec des jeunes de la région réunis dans
le cadre d’un forum.
Thématique et nature de l’opération
Les questions relatives aux jeunes et à la jeunesse traversent
les différentes disciplines qui constituent les sciences
sociales. L’importance accordée à ce thème
dans la recherche universitaire française témoigne
de l’intérêt porté à ce groupe
de population dont le rôle et la place interrogent les sociétés
contemporaines. En Afrique, l’explosion démographique
de ces quarante dernières années a projeté
ce groupe sur le devant de la scène. Ce sont, en effet, les
jeunes qui portent les principaux problèmes auxquels sont
confrontées ces sociétés : accès à
l’éducation et à l’emploi, épidémie
de VIH-SIDA, etc. Mais les jeunes ne constituent pas seulement la
majorité de la population des pays en développement,
ils jouent également un rôle central sur le plan économique,
notamment au sein du secteur informel, mais aussi dans les mouvements
de migration vers les villes ou vers l’étranger.
Dans les sociétés africaines contemporaines, privilégiant
la séniorité, les jeunes sont souvent marginalisés
sur les plans aussi bien sociaux que politiques. La situation paradoxale
de la jeunesse africaine soulève, en effet, un certain nombre
de questions qui interrogent à la fois le chercheur en sciences
sociales mais aussi les décideurs politiques. L’étude
de la jeunesse qui constitue les adultes de demain doit donc permettre
de mieux comprendre les sociétés africaines contemporaines.
La définition de ce groupe de population soulève
un certain nombre de questions. Cette catégorie sociale apparaît
en effet mouvante au regard de l’espace et du temps dans lesquels
elle est analysée et ne pourrait être réduite
à une simple catégorie démographique. Les sociologues
de la jeunesse ont développé deux concepts clés
permettant de définir ce groupe social qui occupe une place
charnière dans les sociétés : les processus
d’autonomisation et d’indépendance. Mais la question
de l’autonomisation et de l’indépendance ne se
pose pas dans le mêmes termes en Afrique (et plus généralement
dans les pays en développement) et dans les sociétés
occidentales. Dans les sociétés est-africaines, ce
processus s’inscrit dans un champ social qui dépasse
le seul cadre de la famille. Les relations intergénérationnelles
et la place importante accordée à la séniorité,
qui sont au cœur de l’organisation sociale, déterminent
les modalités de ce processus d’autonomisation. Mais
compte tenu de l’importance numérique de ce groupe
et de sa très grande hétérogénéité,
ces processus varient également suivant les contextes sociaux.
C’est une réalité sociale qu’il convient
d’aborder sous des angles multiples afin précisément
d’en dévoiler les dynamiques et les spécificités.
Dans cette perspective, l’organisation d’une conférence
internationale nous est apparu comme un outil pertinent pour dresser
un bilan pluridisciplinaire des connaissances sur la jeunesse à
l’échelle d’une région, l’Afrique
de l’Est, afin notamment d’ouvrir de nouvelles pistes
de réflexion sur le sujet. Mais il est tout aussi important
d’écouter ce que les jeunes eux-mêmes ont à
dire sur ces questions. C’est précisément l’objet
du forum qui a été organisé dans la continuité
de la conférence internationale et visait à donner
la parole aux jeunes sur un certain nombre de thèmes pendant
deux demi-journées les 30 juin et 1er juillet. Compte tenu
des enjeux sociaux et politiques que représentent la jeunesse
et les jeunes en Afrique, il nous est apparu essentiel de relier
les débats académiques aux réalités
du terrain telles qu’elles sont vécues par les jeunes
africains.
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Déroulement de l’opération
Conférence internationale
Trente huit personnalités ont participé à
la conférence internationale qui s’est tenue à
l’Hôtel Outspan à Nyeri (province centrale du
Kenya). Afin de promouvoir le dialogue scientifique entre des chercheurs
de différentes régions sur une aire anglophone plutôt
délaissée par la recherche académique française,
quatre universitaires français ont été invités.
Deux jeunes chercheurs spécialisés sur l’Afrique
de l’Est ont ainsi participé à la conférence
: Valérie GOLAZ, démographe, chercheur à l’Institut
National d’Etudes Démographiques (INED) et Mathieu
MIRALLES doctorant à l’université de Bordeaux
; tous deux travaillent sur les questions migratoires. Leur présence
a permis de souligner les nouvelles dynamiques de la recherche française
dans la région. Il nous a également paru important
de rattacher ce débat régional aux dynamiques historiques
du continent mais aussi de l’inscrire dans un cadre épistémologique
plus large. L’historienne française spécialiste
de l’Afrique, Catherine COQUERY-VIDROVITCH (professeur émérite
à l’Université Paris 7) et Vincenzo CICCHELLI,
maître de conférence en sociologie à la Faculté
des Sciences humaines et sociales de la Sorbonne-Paris-V, spécialiste
de la jeunesse en Europe, ont ainsi été invités.
Enfin dix universitaires de la région ont également
été pris en charge (dont un Tanzanien et un Ougandais).
Par ailleurs trois jeunes kenyans associés à l’organisation
du Forum ont suivi l’ensemble de la conférence afin
d’assurer la continuité entre les deux évènements.
Les communications présentées au cours de la conférence
ont privilégié une double approche thématique
et historique pour aborder la question des jeunes et de la jeunesse.
Le contexte politique, social et géographique apparaît
comme un facteur déterminant pour caractériser ce
groupe social. Les situations vécues par les jeunes ne sont,
en effet, pas les mêmes pour les garçons et pour les
filles, en ville ou à la campagne ou encore selon le degré
d’éducation ou la situation politique du pays ou de
la région. Les thèmes touchant à la démographie
et à la santé ont été abordés
à travers l’impact des changements sociaux (urbanisation,
migrations) mais aussi des comportements sociaux dans le contexte
de l’épidémie du Sida. Une place importante
a également été donnée aux relations
intergénérationnelles et entre hommes et femmes. L’économie
politique de la jeunesse a fait l’objet de nombreuses discussions,
notamment dans les situations de guerre ou de crise politique. Les
formes d’engagements, de mobilisation et de contrôle
social et politique ont ainsi été abordées.
Enfin la troisième grande thématique articulant ces
débats portait sur l’étude des cultures et des
pratiques juvéniles.
Les débats engagés dans le cadre de cette conférence
ont finalement souligné le caractère extrêmement
mouvant de cette notion. C’est finalement la société
qui définit les contours de la jeunesse selon ses propres
représentations et la fonction qu’elle assigne à
cette population. Mais la manière dont les jeunes se définissent
et se situent au sein de l’espace social est également
centrale pour comprendre ces questions. Dans des sociétés
où la jeunesse est traditionnellement peu valorisée,
les jeunes ont souvent montré leur capacité à
imposer leurs voix et leurs désirs à l’autre
partie de la population. Le forum organisé à la suite
de la conférence a précisément permis aux jeunes
d’exposer et de discuter leurs propres perceptions de la société
kenyane contemporaine.
Forum sur la jeunesse 
Un forum sur la jeunesse a été organisé à
la suite de la conférence grâce au soutien du Fonds
d’Alembert. Quatre jeunes Kenyans et une jeune française
effectuant un stage de formation à l’IFRA ont travaillé
ensemble à l’organisation de cet évènement.
Vingt jeunes Kenyans et un Ougandais ont ainsi été
invités à participer à deux demi-journées
de débat les 30 juin au 1er juillet. Cette initiative originale
correspondait à l’intérêt manifesté
par le gouvernement du Kenya pour les questions de jeunesse qui
s’est notamment traduit par la création d’un
nouveau ministère de la jeunesse. Le ministre de la jeunesse
du Kenya, M. Mohammed Kuti et l’ambassadeur de France au Kenya,
Monsieur Hubert Fournier ont inauguré le forum. Les participants
au forum et à la conférence ont pu à cette
occasion débattre et échanger avec le ministre dans
l’après midi du 30 juin.
Les discussions menées lors du forum ont été
organisées autour de quatre principaux thèmes : l’immigration,
la question de la sexualité et de l’épidémie
de Sida, l’emploi et les initiatives culturelles déployées
par les jeunes. Pour chacun de ces thèmes, trois ou quatre
intervenants ont présenté une situation ou un type
d’action précis, dans le cadre d’une structure
associative locale ou au titre d’une expérience personnelle.
Ces témoignages et échanges de pratiques ont nourri
un débat très vif et fait émerger plusieurs
pistes de réflexion. La question de l’information et
de la préparation pour affronter les situations de déracinement
inhérentes à l’immigration a ainsi été
abordée. C’est également l’information
qui était au cœur du débat sur l’épidémie
de Sida. Plusieurs discussions animées ont également
tourné autour des actions possibles pour encourager les initiatives
des jeunes en matière de création d’entreprise
ou d’actions culturelles ou artistiques susceptibles de renforcer
le lien social.
Les discussions ainsi engagées ont souligné le très
grand dynamisme et la forte créativité des jeunes
de la région. C’est finalement un grand optimisme qui
s’est dégagé de ces prises de parole très
sincères et très libres. Certes les jeunes du Kenya
sont souvent confrontés à des situations difficiles,
mais les discussions ont mis en lumière leur détermination
à trouver des réponses positives et concrètes
à ces problèmes. Ce forum conçu comme un espace
d’échange, de rencontres et de débats a permis
de mesurer la diversité et l’originalité des
projets développés par les associations de jeunes
du Kenya. Mais le ton des discussions, et une fois encore la très
grande liberté de parole, a également souligné
le très fort besoin d’expression de cette jeunesse
kenyane. Finalement l’une des difficultés majeures
rencontrée par les jeunes du Kenya est peut être leur
difficulté à être entendus et à être
reconnus comme des membres actifs de la société. La
création d’un nouveau ministère de la jeunesse
devrait permettre de nouer un dialogue plus étroit entre
les initiatives déployées par les jeunes et le gouvernement.
En tous les cas, ce forum aura souligné la très grande
volonté et le désir de cette part importante de la
population de relever de façon créative les défis
du XXIème siècle.
Prolongements et retombées de la
manifestation
Un CD-ROM contenant les communications présentées
lors de la conférence a été réalisé
ainsi qu’une brochure avec les résumés.
Un ouvrage scientifique sur la jeunesse en Afrique de l’Est
reprenant les principales thématiques abordées lors
de la conférence devrait être publié prochainement.
Cliquez-ici
pour consulter la liste des intervenants lors de la conférence
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